Les vertus des dissonances (ou de l’Échec)

Les vertus des dissonances (ou de l’Échec)

Dans un essai revigorant, “Les Vertus de l’échec”, Charles Pépin nous rassure en soulignant que l’échec est toujours un bien dans l’existence ; c’est à travers son épreuve que nous nous accomplissons pleinement.

Dans la musique, c’est la même chose. Nos défauts, nos failles, sont comme ces notes dissonantes, des vibrations particulières, les dissonances de la vie.

Une dissonance, c’est deux notes très proches, qui forment un défaut d’harmonie. (c’est un défaut très subjectif en fait)

Elles sont inévitables, pour chacun d’entre nous, car elles composent la musique de notre vie, votre propre musique.

Et ce qu’il faut apprendre, c’est qu’elles vont nous enrichir, nous apporter quelque chose de positif. En réalité, les dissonances nous rapprochent de ce que nous sommes, de l’authenticité de notre être.

Et quel est le vrai rôle d’un musicien, d’un artiste, le rôle que nous devrions tous avoir ? Quand il y a une dissonance… accueille-là, et rend-la belle !

La musique et la vie sont semblables, elles sont intriquées.

Et si souvent ceux qui rencontrent des échecs nous touchent, c’est que chacun d’entre nous reconnaît une part de soi en eux. Nous redoutons tous l’échec autant que nous nous en protégeons le plus possible, dans la mesure de nos moyens.

Pourtant, nous calmer avec l’anxiété générée par l’idée de l’échec.

“Nos échecs sont des butins, et parfois même de véritables trésors”. 

Mais pour en mesurer le prix, déjà faut-il apprendre à en apprécier l’expérience, à en goûter l’amertume. Car, c’est de cette amertume que surgit forcément le sel de la vie, voire la joie, dont Clément Rosset, auteur fétiche de Pépin, nomme “la force majeure”.

Tous ceux qui ont réussi leur vie, y ont accompli leur chemin – dans la création, l’art, le sport, la politique, l’amour, la réflexion… -, ont d’abord connu l’échec.

 

Mieux : c’est parce qu’ils ont échoué qu’ils ont réussi“.

 “Sans cette résistance du réel, sans cette adversité, sans toutes les occasions de réfléchir ou de rebondir que leurs ratés leur ont offertes, ils n’auraient pu s’accomplir comme ils l’ont fait”.

 

Les différentes sortes d’échecs

L’auteur dresse ainsi une sorte de typologie des échecs, à partir desquels nous serions prêts à progresser : comme s’il était possible de tirer quelques leçons  à la fois pratiques et morales à partir de chacun d’entre eux. Même à partir d’un grand désarroi, d’un trou noir, d’une blessure béante. D’un chagrin d’amour.

Il y a les échecs qui induisent une insistance de la volonté, et ceux qui en permettent le relâchement ; les échecs qui nous donnent la force de persévérer dans la même voie, et ceux qui nous donnent l’élan pour en changer ; il y a les échecs qui nous rendent plus combattifs, ceux qui nous rendent plus sages, et puis il y a ceux qui nous rendent simplement disponibles pour autre chose.

“Dans tout acte manqué, il y a un discours réussi”

Une analyse épistémologique, permet de reconnaître son erreur initiale et trouver la force de la rectifier ; une analyse dialectique, pousse à comprendre que la réussite est toujours une succession d’échecs et de succès, jamais un simple enchaînement de succès et que sans force de négation, il ne peut y avoir de force d’affirmation ; une analyse stoïcienne, prend au sérieux l’expérience du réel ; une analyse psychanalytique, rappelle que “dans tout acte manqué, il y a un discours réussi”, comme le disait Jacques Lacan ; une lecture existentialiste, ouvrant à la nécessité de se réinventer…

Croire que l’échec peut nous aider à rebondir, à nous réorienter, à nous réinventer, c’est prendre le pari d’une philosophie du devenir.

L’échec ne rend pas forcément plus sage, plus humble ou plus fort, “mais tout simplement disponible pour autre chose”.

Il prédomine deux conceptions essentielles de la sagesse de l’échec : l’une fondée sur une logique du devenir, l’autre sur une logique de l’être.

“Ne te laisse pas enfermer par tes échecs”

Utiliser les échecs, les bifurcations et les rebonds pour tenter de se rapprocher de son axe, de ce qui est, pour soi, l’essentiel ; c’est exactement le sens du ‘deviens ce que tu es’ nietzschéen”. “Deviens” signifie au fond : “ne te laisse pas enfermer par tes échecs, fais-en des opportunités”. Et “Ce que tu es” : “sans trahir ce qui compte vraiment pour toi, le désir qui te rend singulier“.

Il n’est pas anodin qu’un autre philosophe, Dorian Astor, publie un essai spécifiquement centré sur ce “deviens ce que tu es” de Nietzsche, comme une sorte de mantra contemporain. J’avais moi-même publié un ouvrage en 2003 intitulé « Deviens ce que tu peux être (Samuel Vallee) ».

Je regrette l’incapacité de l’école française à ne pas apprendre aux élèves la culture de l’échec, c’est à dire l’audace de se tromper, de tenter une réflexion dégagée de le menace de la sanction : “La peur d’échouer à l’école est le principal frein de notre jeunesse”.

« Se souvenir que l’échec sans audace fait mal”

Tout savoir doit favoriser “l’instant de l’art sur l’instinct de peur“ ; c’est une grande idée, à laquelle les éducateurs devraient collectivement réfléchir, même s’il est vrai qu’un mouvement conservateur influent au sein du système éducatif empêche la possibilité de s’y lancer.

Apprendre à oser repose sur quelques idées simples : “accroître sa compétence, admirer l’audace des autres, n’être pas trop perfectionniste et se souvenir que l’échec sans audace fait mal”.

être joyeux, c’est toujours prendre acte du réel, savoir trouver en lui quelque chose à aimer.”

L’échec porte vers autre chose, qui parfois a le goût de la victoire, sur soi-même plus encore que sur les autres.

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